2025 : la grande revanche de l’inflation, ou quand la fausse monnaie rattrape l’économie mondiale

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On aurait pu croire que l’inflation s’essoufflait, que la tempête était passée, que la hausse des prix se calmait enfin. C’est d’ailleurs le récit officiel : les banques centrales auraient “repris le contrôle”.

Mais cette semaine, les signaux venus du Japon, des Etats-Unis et des marchés contredisent frontalement ce narratif. Une autre histoire est en train de s’écrire, beaucoup moins confortable : celle d’un retour de l’inflation, non pas conjoncturelle, mais structurelle. Et cette fois, elle pourrait embraser la planète entière.

Le Japon referme le robinet : la fin de l’argent gratuit

Pendant trente ans, la planète finance a vécu sous perfusion de liquidité japonaise. Le fameux carry trade — emprunter quasiment à 0 % en yen pour acheter des actifs mieux rémunérés ailleurs — a alimenté toutes les bulles et toutes les exubérances. Cette époque touche à sa fin.

En l’espace de quelques jours, les taux japonais ont pris des allures de rupture tectonique :

  • le 10 ans est passé à 1,37 %, avec une hausse de 7 points de base en une seule séance ;
  • le 20 ans évolue autour de 2,85 % ;
  • le 30 ans dépasse 3,30 % ;
  • et le 40 ans atteint 3,60 %, un niveau totalement inédit.

Pour ceux qui empruntaient encore à 0,20 % il y a deux ans, la claque est d’une violence inouïe. Le carry trade n’est plus en crise — il est mort. Et avec lui, c’est une grande partie du carburant financier mondial qui s’évapore.

Le Bitcoin est retombé sous les 84 000 $, l’Ethereum a reperdu 10 à 12 % et les cryptos refluent au rythme de la contraction de la liquidité mondiale.

Les Etats-Unis rallument la planche à billets

Face à cette raréfaction de la liquidité, Washington n’a pas choisi l’austérité : les autorités ont choisi la fuite en avant.

Le quantitative tightening de la Fed a officiellement pris fin le 1er décembre. En clair : le bilan peut recommencer à enfler. Mais surtout, Donald Trump a posé les bases d’un virage assumé : plus de croissance, coûte que coûte.

Dans les tuyaux : remplacement de Jerome Powell par Kevin Hassett, partisan des baisses de taux agressives et nomination probable de Scott Bessent au Trésor, un homme de marchés dont la mission sera simple : soutenir Wall Street et le consommateur.

Du côté des ménages, Trump propose de reverser entre 1 000 et 3 000 dollars grâce à son “Big Beautiful Bill”. Du côté des entreprises, c’est un cocktail de baisses d’impôts et de subventions ciblées. Et si tout cela ne suffit pas, un outil reste disponible : la planche à billets.

Aujourd’hui, ce sont 1 000 milliards de dollars créés tous les semestres. Demain, ce sera davantage. Avec des taux qui pourraient redevenir inférieurs à l’inflation, la conséquence est déjà connue : une nouvelle vague inflationniste est programmée.

Goldman Sachs a déjà inscrit ce scénario dans ses modèles. Ils ne sont probablement pas les seuls.

Les matières premières flambent : l’acte I du retour de l’inflation

Quand la monnaie se déprécie, les actifs réels deviennent la planche de salut. Et cette semaine, ils ont envoyé un message limpide.

L’argent métal : +100 % depuis janvier

L’argent a récemment dépassé les 58 dollars, franchissant les 100 % de hausse en un an. L’étincelle ? Une panne géante du CME qui a empêché les arbitrages sur contrats à terme, forçant les opérateurs à chercher du métal physique.

Sauf qu’il n’y en a plus. Les stocks mondiaux sont au plus bas, les Etats-Unis ont classé l’argent comme métal stratégique, et les vendeurs à découvert sont désormais sous pression. Le ratio or/argent, passé de 100 à 73,5, s’oriente mécaniquement vers son niveau historique (60–65). Là encore, le mouvement n’est probablement pas terminé.

L’or : +58 %

Hedge funds, fonds souverains, même Tether : tout le monde empile de l’or. C’est le baromètre le plus clair d’une perte de confiance dans les dettes publiques et la monnaie papier.

Le cuivre casse sa résistance

Le cuivre a franchi les 11 000 $, une première depuis des années. Objectifs : 11 500, puis 13 000. L’indicateur historique d’un cycle inflationniste durable.

Le pétrole : le réveil programmé

Le baril est encore autour de 59 $, mais Trump pourrait pousser la hausse jusqu’à 70–75 $ pour satisfaire ses alliés dans le secteur énergétique. Et dans un environnement monétaire aussi expansif, ce sera probablement un plancher.

La Chine sermonne la France sur la place publique

Sur un autre front, la visite d’État en Chine n’aura rien arrangé : aucun contrat industriel majeur, aucune concession diplomatique et Xi Jinping annonce même continuer une coopération “pleine et entière” avec Moscou.

La seule victoire française ? L’arrivée de deux pandas pour le Zoo de Beauval… en 2027.

Et ce revers n’est pas qu’un symbole politique. Il signifie que l’Europe n’a aucune prise sur les tensions qui structurent aujourd’hui l’économie mondiale. Sans détente diplomatique, il n’y aura pas de détente énergétique : les flux de pétrole et de gaz russes resteront limités, les routes commerciales resteront renchéries et les prix de l’énergie resteront mécaniquement élevés.

De plus, une Europe incapable d’obtenir le moindre engagement de Pékin reste totalement dépendante des chaînes d’approvisionnement chinoises, au moment même où les prix des métaux, des composants électroniques et des batteries flambent. En clair : si la Chine maintient ses priorités stratégiques ou ajuste ses prix, l’Europe n’a aucun levier pour amortir le choc — elle le subit intégralement.

Enfin, en refusant de s’impliquer dans un règlement de la guerre en Ukraine, la Chine valide la poursuite d’un conflit qui pèse déjà lourd sur les matières premières agricoles, l’énergie et les métaux. L’inflation européenne ne baissera donc pas par la géopolitique : au contraire, elle y trouvera un carburant supplémentaire.

Conclusion : l’inflation revient, et elle sera durable

Mort du carry trade japonais.
Planche à billets américaine.
Explosion des métaux.
Rebond programmé de l’énergie.
Désaccords géopolitiques majeurs.
Fuite devant les monnaies.

Tous les signaux convergent : l’inflation n’était pas un accident. C’était un avant-goût.

Le cycle qui s’ouvre est clair : monnaie plus faible, actifs réels plus forts, dettes publiques fragilisées.

La “fausse monnaie” est de retour… et cette fois, elle ne repartira pas de sitôt.

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