On vous dit que le cessez-le-feu est prolongé. On vous montre des marchés boursiers au plus haut. On vous parle de reprise.
Ce qu’on ne vous dit pas, c’est que le ciel est en train de se vider.
Le chiffre que les médias n’ont pas mis en Une
Lufthansa vient d’annoncer l’annulation de 20 000 vols d’ici octobre. Objectif : économiser 40 000 tonnes de kérosène. Ses avions low-cost seront cloués au sol. Les Allemands prendront le train, ou le bus.
Ce n’est pas une décision commerciale. C’est une décision de survie.
Et Lufthansa n’est que la première à parler.
Une pénurie qui s’étend déjà à toute l’Asie
En Thaïlande, Thai Airways a réduit d’un quart l’ensemble de ses liaisons vers Singapour, Tokyo, l’Inde et les Etats-Unis. Des dizaines de milliers de vols supplémentaires ont été annulés chez Vietjet, Bangkok Air, Knock Air.
Les compagnies vietnamiennes, malaisiennes, indonésiennes réduisent leur programme en urgence.
La cause est la même partout : il n’y a plus assez de kérosène.
La mécanique du désastre
Tout remonte au détroit d’Ormuz, fermé depuis plus de 50 jours — double blocus, iranien et américain. Depuis le début du conflit, aucun pétrolier ne sort normalement du golfe Persique.
Or le kérosène, comme le carburant des voitures, comme les engrais, comme l’ammoniaque nécessaire à l’industrie chimique, tout transite par là.
Ce qui ne passe pas depuis 50 jours ne se rattrape pas du jour au lendemain. Les réserves fondent. Les pénuries arrivent.
Et même si un accord était signé demain, le détroit ne serait praticable qu’au mieux dans deux mois — le temps de déminer, puis d’attendre que les assureurs autorisent à nouveau les bateaux à naviguer.
50 000 vols annulés
Fin avril, environ 50 000 vols ont déjà été annulés dans le monde. Soit près de 100 millions de passagers qui ne prendront pas l’avion.
Et la saison estivale n’a pas encore commencé.
Des millions de réservations sont déjà faites pour juillet et août. Personne ne sait aujourd’hui si les appareils pourront voler. Ni si le carburant sera disponible.
L’été 2026 s’annonce comme le pire pour le tourisme international depuis l’été 2020 — mais pas à cause d’un virus. À cause d’une pénurie d’énergie.
Ce que les marchés font semblant de ne pas voir
Pendant ce temps, les Bourses battent des records.
L’indice Sox des semi-conducteurs enchaîne 18 séances de hausse consécutives. Un gain de 46 % en trois semaines et demie. Jamais vu depuis la création du Nasdaq en 1971. Jamais vu non plus pendant la bulle Internet de 2000. Jamais, en plus d’un siècle de marchés financiers.
Et l’indicateur de Warren Buffett affiche aujourd’hui une capitalisation de Wall Street égale à 233 % du PIB américain — le niveau de surévaluation le plus extrême depuis mars 2000.
Les marchés ne regardent pas la pénurie de kérosène. Ils ne regardent pas les 50 000 vols annulés. Ils ne regardent pas le baril de WTI repassé au-delà de 92 dollars, ni le Brent au-delà de 105.
Le mur que personne ne regarde
Le détroit d’Ormuz fermé, c’est chaque jour des livraisons de kérosène, d’ammoniaque, d’urée, d’acide sulfurique qui n’arrivent pas. Ce sont des industries qui tournent au ralenti en Asie, à Taiwan, en Europe.
Les spécialistes situent le mur des pénuries autour de la mi-mai.
Ce n’est pas une hypothèse. C’est le résultat mécanique de tant de jours de blocus.
Quand ce mur sera atteint, les annulations de vols ne seront plus une mauvaise nouvelle sectorielle.
Elles seront le premier signe visible d’une disruption économique bien plus large.
Que les marchés, eux, font toujours semblant de ne pas avoir vue venir.


