Le Nasdaq vient de réaliser son meilleur mois depuis avril 2020.
À l’époque, les marchés venaient de perdre 35 %.
Aujourd’hui, ils n’ont rien perdu du tout. Et pourtant, la performance est identique.
Ce paradoxe, personne ne vous l’explique vraiment.
Un mois d’avril historique (dans le mauvais sens)
Depuis le 31 mars, le Nasdaq a gagné 20 %. Le S&P 500, 13,2 %. L’indice Sox des semi-conducteurs, lui, a bondi de 50 % en 19 séances consécutives — une performance qu’aucun indice sectoriel n’avait jamais approchée, même pendant la bulle des dot-com de l’an 2000.
Dans le même temps : le pétrole a flambé de 40 à 50 %. Le kérosène a quasiment doublé. Les taux obligataires européens atteignent leur plus mauvais niveau depuis 15 ans. Les taux japonais n’avaient pas été aussi hauts depuis 29 ans. Et Goldman Sachs prévoit un baril à 90 dollars minimum jusqu’à l’été — voire 120 à 150 si le détroit d’Ormuz reste fermé.
En 60 ans d’histoire économique moderne, il n’existe pas un seul exemple où une envolée des prix pétroliers n’a pas provoqué de récession.
Mais cette fois-ci, paraît-il, c’est différent.
Un vrai conte de fées
L’explication officielle ? L’intelligence artificielle.
Les profits des semi-conducteurs explosent. Les valorisations sont justifiées. Et même : plus une action monte, moins elle serait chère — parce que l’IA fera croître les bénéfices encore plus vite.
Ce raisonnement mérite qu’on s’y arrête.
Depuis 2020, le Nasdaq a triplé. Les semi-conducteurs ont été multipliés par cinq. On nous explique que cette hausse reflète une couverture contre la perte de valeur du dollar. Sauf que le dollar n’a perdu que 15 % sur la période.
Les marchés ont fait x3. Le dollar a perdu 15 %. Cherchez l’erreur.
Qui vend pendant que les particuliers achètent ?
La BBC a enquêté sur des traders ayant réalisé 11 trades gagnants consécutifs, parfois un quart d’heure avant une annonce de Trump. Et aujourd’hui, tandis que les petits porteurs se ruent en masse vers la Bourse, portés par la hype de l’IA, les initiés font exactement le contraire.
Les patrons de grandes entreprises, les gérants de hedge funds : ils vendent. Par centaines de millions de dollars.
C’est le schéma classique du marché en fin de cycle : les professionnels sortent, les particuliers entrent.
Le moteur caché de la hausse
Pourquoi tirer les valorisations aussi haut, aussi vite, dans un contexte aussi dégradé ?
La réponse tient en trois noms : Space X, ChatGPT, Anthropic.
Ces trois entreprises s’apprêtent à entrer en bourse. Leurs valorisations combinées atteignent aujourd’hui environ 3 700 milliards de dollars. Or, les gains engrangés depuis un mois sur les seules valeurs liées à l’IA s’élèvent à 3 800 milliards.
Coïncidence ? Ou capital soigneusement gonflé pour permettre aux investisseurs de souscrire aux plus grandes introductions en bourse de l’histoire ?
Que disent les taux ?
Pendant que les actions battent des records, les marchés obligataires, eux, envoient un tout autre message.
Le taux japonais à 10 ans dépasse 2,5 % — du jamais vu depuis 1997. Le Bund allemand atteint son plus mauvais niveau depuis 2011. Les OAT françaises sont à 3,75 %. Les gilts britanniques ont franchi les 5 %.
Les marchés actions disent que tout va bien. Les marchés obligataires disent que quelque chose est en train de se briser.
Les deux ont rarement tort en même temps.
Le seul scénario qui tient
Maintenir Wall Street au zénith n’est pas un objectif boursier.
C’est un objectif économique. Aux États-Unis, 10 % des citoyens les plus fortunés dépensent autant que les 90 % restants. C’est l’effet de richesse boursier qui maintient la consommation. Si Wall Street chute, tout chute.
Alors on tire les cours. On fabrique des records. On donne aux particuliers l’illusion que la hausse est éternelle.
Jusqu’au jour où les initiés auront fini de vendre.


