Il fut un temps où la satire politique était une marque de fabrique de la télévision et de la radio publiques françaises. Les humoristes y chahutaient les puissants, transgressaient le politiquement correct, faisaient rire jaune le pouvoir en place. Ce temps-là semble révolu.
C’est ce que documente cette enquête, qui remonte le fil des relations entre l’Élysée et les directions de l’audiovisuel public pour mettre au jour un phénomène discret mais systématique : la mise au pas progressive du rire sur les antennes d’État.
Les cas concrets s’accumulent. En 2017, Thomas VDB et Mathieu Madenian sont débarqués de France 2 en pleine campagne présidentielle, après des sketchs jugés trop insolents envers Emmanuel Macron. L’humoriste Guillaume Meurice, lui, reçoit une convocation disciplinaire après une blague sur Netanyahou. Le message envoyé aux autres est limpide : attention à ce qui peut vous arriver du jour au lendemain.
Des humoristes témoignent à visage découvert de cette censure rampante — parfois assumée par les employeurs eux-mêmes, qui reconnaissent sans détour être « une radio d’Etat » et devoir « demander plus haut » avant de donner le feu vert. Radio France y est décrite comme une cour royale où chacun préfère être « plus royaliste que le roi » pour préserver sa place.
La question posée est simple et dérangeante : si la liberté de l’humour n’a plus sa place sur le service public, où a-t-elle encore sa place ?
Une enquête que les médias traditionnels n’auraient pas pu (ou voulu) mener eux-mêmes.

