L’affaire revient comme un boomerang : en 2004, Nicolas Sarkozy, tout juste nommé ministre de l’Economie, estime que l’or « ne rapporte rien » et décide de vendre 589 tonnes du stock français, soit 20 % de nos réserves nationales. Officiellement, il s’agit d’optimiser la trésorerie et d’investir dans des devises plus “rémunératrices”. À l’époque, l’opération rapporte 4,67 milliards d’euros — une somme présentée comme un coup de gestion moderne, conforme à l’air du temps : l’or serait dépassé, quasi archaïque.
Vingt ans plus tard, le verdict est sans appel. Les 589 tonnes cédées vaudraient aujourd’hui 81 milliards d’euros, soit un manque à gagner de plus de 76 milliards pour l’Etat… On parle d’une perte équivalente à 15 fois l’affaire Kerviel, record mondial du trading. L’opération apparaît désormais comme l’un des pires arbitrages financiers de l’histoire française, d’autant plus que Sarkozy souhaitait à l’origine vendre tout le stock d’or — projet heureusement bloqué par la Banque de France, qui connaissait encore la valeur stratégique du métal jaune.
L’erreur est moins frappante que la morale qu’on pouvait en tirer : vision court-termiste, obsédée par la mode financière du moment, incapable de comprendre le rôle monétaire, souverain et stabilisateur de l’or.


