Dette publique française : une situation plus grave qu’aux États-Unis ou au Japon ?

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Dans sa dernière intervention, l’économiste Marc Touati alerte sur l’état préoccupant des finances publiques françaises. La dette de l’État a atteint un niveau record au premier trimestre 2025, s’élevant à 3 346,8 milliards d’euros, soit 114 % du produit intérieur brut (PIB). Ce chiffre, déjà alarmant, cache une réalité encore plus inquiétante : cette dette n’a pas généré de croissance. Depuis le début de l’année 2020, la dette a augmenté de 958,4 milliards d’euros, alors que le PIB en valeur n’a progressé que de 500,8 milliards. Autrement dit, près de 460 milliards d’euros ont été dépensés sans effet économique mesurable. La dette par habitant atteint désormais 48 765 euros, en hausse de 140 % depuis 2007.

Contrairement aux idées reçues, la situation de la France est plus inquiétante que celle d’autres grandes économies. L’Allemagne, par exemple, a vu sa dette publique augmenter de 66,6 % depuis 2007, tandis que son PIB a progressé de 74,9 %. En France, sur la même période, la dette a bondi de 168,9 %, pour une croissance du PIB en valeur limitée à 56,8 %. Cet écart traduit une déconnexion croissante entre endettement public et création de richesse.

La comparaison avec le Japon est également révélatrice. Bien que le Japon affiche un ratio dette/PIB de 234 %, soit largement supérieur à celui de la France, sa situation reste plus soutenable. Près de 98 % de la dette japonaise est détenue par des résidents, ce qui limite les risques liés aux marchés internationaux. Les dépenses publiques représentent 39,6 % du PIB, contre plus de 57 % en France. Le taux de chômage reste très faible, à 2,5 %, tandis que l’investissement dans la recherche et le développement atteint 3,3 % du PIB, contre 2,2 % en France. Le Japon a su faire de sa dette un outil de relance, là où la France semble l’utiliser pour maintenir à flot un système public coûteux et peu réformé.

Aux États-Unis, la dette atteint 37 000 milliards de dollars, soit 123 % du PIB. Mais cette dette soutient l’économie et alimente la croissance. Le dollar, en tant que monnaie de réserve mondiale, permet aux États-Unis d’attirer massivement des capitaux étrangers. Depuis 1995, le PIB américain a crû de 109 %, contre 55 % en France. L’économie américaine bénéficie ainsi d’un effet levier que la France ne possède pas. De plus, la structure de la dette américaine, en grande partie interne et adossée à des investissements productifs, rend sa dynamique moins risquée.

L’un des points les plus préoccupants pour la France réside dans sa perte progressive d’indépendance financière. Aujourd’hui, 54 % de la dette française est détenue par des non-résidents. Cette dépendance expose le pays à une hausse soudaine des taux d’intérêt ou à une perte de confiance des investisseurs internationaux. À cela s’ajoute une charge d’intérêts qui pourrait atteindre 100 milliards d’euros par an, sans que ces dépenses ne génèrent de retour sur investissement.

Seule éclaircie dans ce paysage : le prix du pétrole est repassé sous les 70 dollars le baril, ce qui pourrait atténuer les tensions inflationnistes dans les mois à venir. Cependant, cette baisse tarde à se répercuter sur les prix à la consommation, en raison d’une fiscalité et de pratiques de répercussion peu favorables aux ménages français.

Ce diagnostic sévère appelle une réforme structurelle des finances publiques. Il ne s’agit pas uniquement de réduire la dette, mais de réorienter la dépense publique vers l’investissement,

l’innovation et l’avenir. Une économie qui s’endette pour entretenir des dépenses de fonctionnement se condamne à une croissance molle, à un chômage élevé et à une perte de souveraineté. Comme le rappelle Marc Touati : ce n’est pas la dette en soi qui pose problème, c’est ce qu’on en fait.

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