Panier percé au Parlement : le RN et les millions qui se perdent dans les couloirs de Bruxelles

0
234

Il y a des chiffres qui tombent comme des gifles. Quatre millions trois cent mille euros, pour être précis. C’est le montant que le Parlement européen soupçonne d’avoir été mal utilisé par le groupe Identité et Démocratie, entre 2019 et 2024. Le RN y tenait boutique, flanqué de ses partenaires italiens, allemands ou tchèques. Des gens très à cheval sur les frontières, mais visiblement beaucoup moins sur les factures.

Le rapport, révélé début juillet, dresse une fresque baroque de dépenses qu’on peine à qualifier de politiques : appels d’offres bricolés, prestations floues, contrats confiés à des sociétés amies comme e-Politic (1,7 million d’euros) ou Unanime (1,4 million). La première, c’est l’empire Chatillon, ex-communicant du FN et fidèle parmi les fidèles. La seconde, une boîte montée par un ancien du GUD. Des vétérans de la guerre culturelle version PowerPoint.

Mais la créativité comptable ne s’arrête pas là. Car le groupe ID semble avoir confondu le Parlement avec un distributeur de subventions locales. Près de 700 000 euros auraient été versés à des associations sans rapport clair avec la mission parlementaire : refuges pour chiens, paroisses traditionalistes, groupes anti-avortement. L’Europe paie, le RN arrose. À défaut d’hégémonie, le soft power identitaire s’achète au prix fort.

Du côté de Marine Le Pen, on dégaine l’argument du hors-jeu : « Je n’étais ni présidente ni secrétaire générale », dit-elle, comme si l’odeur ne remontait jamais jusqu’au sommet. Jean-Philippe Tanguy, son homme-lige, trouve cela « très étrange ». Ce serait donc, une fois encore, un complot administratif doublé d’une vengeance institutionnelle. Le grand classique. À chaque scandale financier, le RN dégaine la même partition : persécution, victimisation, déni.

Ce qui est moins étrange, en revanche, c’est le parfum de déjà-vu. On sort à peine du procès des assistants parlementaires, autre affaire d’argent public détourné pour financer l’appareil partisan. À l’époque déjà, Marine Le Pen avait plaidé l’ignorance, l’isolement, la méconnaissance des procédures. Résultat : une condamnation, et cinq ans d’inéligibilité.

Aujourd’hui, le scénario recommence. Le RN, parti de l’ordre, du contrôle et des comptes publics sains, semble avoir autant de rigueur budgétaire qu’un opéra bouffe. Mais il continue de séduire, malgré les juges, malgré les rapports, malgré les soupçons. Il faut croire que dans le roman national, les questions d’éthique font souvent office de notes de bas de page.

L’affaire est entre les mains de la commission de contrôle budgétaire du Parlement européen. Peut-être l’OLAF, voire le Parquet européen, s’en saisira. Mais rien n’est certain. L’expérience a montré que l’indignation ne dure qu’un temps, et que les électeurs du RN n’ont pas le goût des comptes de fin d’exercice. Ce qui compte, c’est le récit. L’Europe contre la France. Le système contre le peuple. Et les factures, pendant ce temps-là, s’accumulent dans le silence des archives.

rapport lachroniqueagora

Abonnez-vous à la newsletter La Chronique Agora


Actualité économique et géopolitique… sans langue de bois !

Lettre lue par plus de 50 000 lecteurs quotidiens

Rapport offert : Faillite de la France – Nos solutions pour protéger votre épargne


LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici