Retour dans les années 70. Affaire Robert Boulin, ministre respecté et réputé intègre, qui détenait des informations explosives sur la corruption et le financement occulte du RPR.
Passé par le Budget puis les Finances, il avait eu accès aux dossiers les plus sensibles de la Ve République : armement, pétrole, nucléaire. Au cœur de ces dossiers, on trouvait le contrat Eurodif avec l’Iran, pays duquel il revient écœuré car certains se sont « servis » grâce à des commissions occultes, confiait-il à son directeur de cabinet. Boulin sait que des milliards publics sont siphonnés, notamment pour alimenter des partis politiques.
Après son intervention télévisée, la mécanique du RPR s’enclenche. Trois jours plus tard, le fameux “dossier Ramatuelle” fuite dans Le Canard enchaîné, puis dans Le Monde. Selon le journaliste James Sarazin, c’est Charles Pasqua, alors bras droit de Chirac et figure centrale du parti, qui lui a remis le dossier en main propre en 1979. L’objectif est clair : détruire Boulin avant qu’il ne révèle les secrets financiers du parti. Dans ce climat où le SAC (Service d’action civique) — officine parallèle, semi-clandestine, au service de de Gaulle et ses héritiers politiques — est pleinement actif, toute menace interne est traitée comme un danger vital pour le clan.
Les signaux d’alerte se multiplient autour du ministre. Sa fille et son épouse rapporteront plus tard que Boulin, très affecté, leur confie à plusieurs reprises : « Ils vont me tuer. » Un ancien collaborateur parlementaire déclare également que Boulin lui avait dit s’être constitué des dossiers explosifs sur le financement du RPR par la Françafrique, et « qu’on voulait sa peau”. Un haut fonctionnaire chargé des écoutes téléphoniques en Gironde affirme avoir appris qu’un contrat visant Boulin devait être exécuté « le mardi suivant ». Il sera, en effet, retrouvé mort quelques jours plus tard, dans une mise en scène que l’Etat continuera de présenter comme un suicide. Son épouse tentera de faire reconnaître cet assassinat jusqu’à sa mort, en 2002.

