Les banques ne servent pas l’économie réelle. Elles servent leurs actionnaires. C’est le point de vue d’Élucid, et plus particulièrement d’Éric Toussaint, docteur en sciences politiques et porte-parole du CADTM. Dans cet entretien, il démonte méthodiquement les rouages du système bancaire contemporain.
Tout commence dans les années 80, quand la déréglementation progressive démantèle les garde-fous mis en place après la Grande Dépression. La séparation entre banques de dépôt et banques d’affaires, instaurée précisément pour éviter qu’un pari spéculatif ne ruine les épargnants, est abolie. Naît alors la banque universelle : une structure qui mélange toutes les activités, s’expose à des risques colossaux, et sait qu’en cas de faillite, l’État viendra à la rescousse au nom de la protection des dépôts. Le casino est ouvert, mais c’est le contribuable qui couvre les pertes.
Toussaint détaille ensuite les mécanismes qui permettent à ces institutions de paraître solides tout en ne l’étant pas : l’effet de levier réel de 1 pour 33, le hors-bilan où sont logées les opérations les plus toxiques, les produits dérivés — 800 000 milliards de dollars en circulation, sept à huit fois le PIB mondial — et les obligations convertibles comptabilisées comme fonds propres alors qu’elles ne le sont pas.
Exemple édifiant : les Credit Default Swaps, ces pseudo-assurances vendues sans que les vendeurs aient l’argent pour honorer leurs engagements. Une société a même proposé à l’Équateur de simuler une menace de défaut pour déclencher le mécanisme et partager les primes encaissées. Correa a refusé. D’autres ont accepté.
La conclusion est sans appel : Christine Lagarde reconnue coupable de délit dans l’affaire du Crédit Lyonnais dirige aujourd’hui la BCE. HSBC a blanchi des cartels mexicains et colombiens, payé une amende, et poursuivi ses activités. Pour beaucoup moins, un citoyen ordinaire finit en prison.
Les solutions existent : séparation stricte des activités bancaires, fonds propres réels à 20 %, plafonnement des rémunérations, socialisation du crédit. Ce qui manque, c’est le courage politique de les appliquer.

