Ukraine : le gouffre budgétaire que l’Europe ne veut pas voir

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La semaine aura été marquée par une annonce spectaculaire : la signature d’une lettre d’intention portant sur l’achat de 100 Rafale par l’Ukraine, soit un contrat estimé entre 10 et 12 milliards d’euros. Les médias ont immédiatement parlé de “deal historique”, de “victoire industrielle française”, de “moment stratégique”. Reste un détail, un seul : l’Ukraine n’a pas un euro pour payer.

Ce n’est pas une formule. Le pays ne finance déjà son fonctionnement mensuel qu’au prix de transferts européens et de prêts garantis… par les contribuables européens. L’Ukraine a d’ailleurs signé, deux mois plus tôt, une autre lettre d’intention pour 100 Gripen suédois, chacun autour de 100 à 120 millions d’euros. En réalité, l’Ukraine n’a les moyens ni d’acheter les Rafale, ni les Gripen.
Mais cela ne semble déranger personne. On présente ces annonces comme des victoires industrielles, alors qu’elles relèvent surtout d’un système budgétaire où l’Europe avance l’argent, prend les risques et attend un remboursement qui ne viendra probablement jamais.

Pendant ce temps, un autre sujet a été soigneusement mis de côté : le scandale Midas. 100 millions d’euros détournés, deux ministres ukrainiens démissionnaires, l’un en fuite en Israël. Curieuse coïncidence : l’annonce d’un contrat militaire à 12 milliards tombe exactement au moment où l’actualité ukrainienne devient embarrassante. On détourne l’attention avec des Rafale, que personne ne peut payer.

Le vrai scandale : ce n’est pas l’Ukraine, c’est notre naïveté budgétaire

Derrière ces annonces, c’est toute la mécanique européenne qui apparaît au grand jour : on prête à un pays insolvable, on garantit les prêts avec de l’argent public, puis on imagine financer les achats via les avoirs russes gelés — une fiction juridique de plus.

Mais l’aveuglement ne concerne pas que l’Europe. La France connaît la même déconnexion ; mais chez elle, elle ne peut même plus la maquiller. Ces dernières semaines, il était finalement judicieux de ne pas vous polluer l’esprit avec des impôts et des taxes qui n’avaient aucune chance d’aboutir :
impôt sur la fortune improductive, trouvailles fiscales de couloir, effets d’annonce recyclés… Beaucoup de bruit pour pas grand-chose. Et pour cause : l’Assemblée nationale vient de rejeter quasi unanimement la partie recettes du budget 2026.

Un seul député a voté pour. Tous les autres — de la gauche au RN, en passant par une partie de la majorité — ont estimé que le texte n’était pas seulement bancal, mais totalement irrecevable.
Cent vingt-cinq heures de débats partent ainsi en fumée. Le budget retourne au Sénat dans sa version initiale, débarrassée de tous les amendements votés à l’Assemblée. Le gouvernement minimise, parle de compromis possibles, mais plus personne n’est dupe : ce vote traduit une perte de confiance nette, presque humiliante, dans sa capacité à présenter un budget crédible.

À ce stade, rien n’est voté, rien n’est stabilisé, rien n’existe vraiment.
La France se retrouve sans budget, et 2026 approche.

Ce rejet n’est pas un accident, mais un rappel à la réalité : tant que les recettes reposeront sur des bricolages ou des paris politiques, elles resteront des recettes théoriques, aussi solides qu’une promesse de campagne soufflée en fin de meeting.

Nos ennemis ne sont pas là où on nous le répète

Car pendant que l’Europe fait des chèques sans limite, une autre alerte majeure a retenti cette semaine, et cette fois au Japon.
Pays champion de la dette publique, habitué à des taux proches de zéro depuis plus de vingt ans, il voit aujourd’hui ses taux longs s’envoler :

  • 10 ans : 1,75 %,
  • 20 ans : 2,75 %,
  • 30 ans : 3,35 %,
  • 40 ans : 3,72 %, plus que le 2 ans américain.

Ce n’est pas un détail technique : c’est le signal que même l’économie la plus endettée du monde ne peut plus maintenir artificiellement des taux proches de zéro. On pensait que l’endettement infini était possible. On pensait qu’il suffisait de rouler la dette. Puis les taux se réveillent. Et là, plus personne ne fait semblant : il faut passer à la caisse.

La France ferait bien d’en tirer les leçons. Avec plus de 3 400 milliards de dette, un déficit hors de contrôle et un budget rejeté par son propre Parlement, notre pays donne un dangereux sentiment de déjà-vu. Ce n’est plus la politique ukrainienne qui devrait nous inquiéter, mais la nôtre.

Depuis des mois, on nous explique que nos menaces sont extérieures. Mais pour nos finances publiques, le danger n’est pas au-delà de nos frontières. Il est à l’intérieur. Il siège à l’Assemblée, dans les ministères, dans les commissions budgétaires.

Ce ne sont pas des chars russes qui traversent nos lignes. Ce sont nos élus qui traversent les lignes  rouges budgétaires. Et c’est nous qui réglons la facture avec nos impôts, nos économies et notre avenir.

L’Ukraine : le miroir de notre propre dérive?

Les contrats militaires impossibles à financer, les montages budgétaires fictifs, les illusions sur la dette infinie : ce que l’Europe accepte aujourd’hui pour l’Ukraine ressemble étrangement à ce qu’elle accepte pour elle-même. Le Japon nous rappelle qu’un jour, les taux se réveillent. Ce jour-là, il n’y a plus de magie, plus de storytelling, plus de “grandes annonces”.

Juste la facture.

Et comme toujours : c’est nous qui paierons.

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