Le Nasdaq gagne 28 % en 25 séances. Le moral des ménages est au plus bas depuis 2008.

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Ces deux phrases sont vraies simultanément.

Et personne ne semble trouver ça étrange.

Des chiffres qu’on n’avait jamais vus

Depuis le 30 mars, le Nasdaq 100 a progressé de 28 % en 25 séances. Le S&P 500 de 18 %. Et l’indice Sox des semi-conducteurs, lui, a bondi de 70,5 % — soit 2,4 % de hausse par jour, sans interruption.

Pour fixer les échelles : le S&P 500 a engrangé 10 000 milliards de dollars de capitalisation en six semaines. C’était la capitalisation totale de Wall Street en l’an 2000.

Ces performances n’ont aucun précédent. Pas pendant la bulle internet. Pas après le krach de 2008. Pas après celui de 2020. Jamais, en plus d’un siècle de marchés financiers.

La hausse la plus malsaine de l’histoire

Derrière les chiffres record se cache une réalité que peu de commentateurs relèvent.

La moitié de ces records ont été battus avec un ratio négatif : plus de titres en baisse que de titres en hausse le jour même où l’indice progressait. Sur les 500 valeurs du S&P 500, à peine 25 titres tirent l’ensemble vers le haut. Les 475 autres stagnent ou reculent.

C’est la base haussière la plus étroite de l’histoire des marchés américains.

En clair : ce n’est pas « la Bourse » qui monte. C’est une poignée de valeurs technologiques qui sont artificiellement propulsées vers le haut, entraînant mécaniquement les indices dans leur sillage.

L’IA licencie ceux qu’elle est censée enrichir

Le secteur technologique, grand bénéficiaire de cette euphorie boursière, a supprimé 342 000 emplois depuis octobre 2022 — dont plus de 100 000 depuis le 1er janvier 2026 seulement.

C’est le secteur qui génère le plus de richesse boursière. Et celui qui licencie le plus, en proportion.

Pendant ce temps, les chiffres officiels de l’emploi américain annoncent 115 000 créations de postes en avril. Mais à y regarder de plus près, il s’agit majoritairement d’emplois à temps partiel — des chiffres qui seront vraisemblablement révisés à la baisse le mois prochain. Comme d’habitude.

Les prix à la production : le signal que Wall Street ignore

Le 13 mai, l’indice des prix à la production américain — le PPI — a explosé à +6 % en rythme annuel. Hors pétrole et produits frais, on est déjà à +4,6 %, soit plus du double de l’objectif de la Fed.

Or le PPI est un précurseur quasi parfait de l’inflation à la consommation, avec une corrélation historique supérieure à 90 %. Ce que coûte la production aujourd’hui, le consommateur le paie demain.

L’inflation réelle devrait atteindre 5 % d’ici fin mai, peut-être 6 % avant l’été. Le gallon d’essence régulier dépasse déjà 4,50 dollars en moyenne sur le territoire américain. Le diesel approche les 6 dollars.

Trump avait promis un plein à 2 dollars. Il est à 4,50.

Trump à Pékin : une visite en position de faiblesse

Pendant que les algos boursiers propulsent le Nasdaq vers de nouveaux sommets à coup de tweets triomphateurs, Trump s’est envolé pour Pékin avec dans ses bagages Elon Musk, Tim Cook, Larry Fink et une quinzaine de PDG américains.

L’objectif affiché : convaincre Xi Jinping de faire pression sur l’Iran pour rouvrir le détroit d’Ormuz.

Mais la réalité diplomatique est inverse. Trump arrive en Chine après 70 jours de blocus infructueux, sans accord, sans réouverture. C’est lui qui a besoin de Pékin — pas l’inverse. Et la Chine dispose d’un levier considérable : terres rares, aimants permanents, tungstène, composants électroniques. Tout ce dont l’industrie américaine, y compris l’armement, a besoin pour fonctionner.

Le seul mécanisme qui maintient tout en place

Pourquoi s’acharner à maintenir Wall Street au zénith dans ce contexte ?

Parce que 10 % des Américains les plus fortunés dépensent autant que les 90 % restants. C’est l’effet de richesse boursier qui soutient la consommation. Si Wall Street chute, la consommation chute. Et si la consommation chute, tout le reste suit.

Les marchés ne reflètent plus l’économie réelle. Ils sont devenus le dernier rempart contre elle.

Jusqu’au moment où même ce rempart ne suffira plus.

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