Les taux explosent. Trump tweete. Les marchés montent. Jusqu’à quand ?

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Il y a un chiffre que personne ne met en Une.

Le taux américain à 30 ans vient de franchir 5,15 %. Son plus haut niveau depuis juin 2007. Soit depuis 19 ans.

Et pendant ce temps, le Nasdaq bat de nouveaux records.

La mécanique du mensonge

Le scénario se répète depuis des semaines, avec une précision presque horlogère.

Les taux dépassent les 4,60 % sur le 10 ans américain. Le Nasdaq accélère à la baisse. Et à 20h58 précises, un tweet de Trump arrive : les Iraniens veulent négocier. Ormuz va rouvrir. La paix est imminente.

Les marchés rebondissent. Les taux reculent de 10 à 15 points. Le baril perd quelques dollars.

Puis le démenti iranien arrive. Et tout recommence.

Ce manège a fonctionné 23 fois de suite. Mais quelque chose a changé. Un des derniers tweets de Trump — affirmant que les monarchies du Golfe l’avaient supplié de ne pas attaquer l’Iran — n’a provoqué qu’une correction de -1,60 % à -1,20 % sur le Nasdaq. Le baril a perdu 1,50 dollar au lieu de 10 %.

Les mensonges s’usent. Leurs effets aussi.

Des taux à des niveaux qu’on n’avait plus vus

Les marchés obligataires, eux, ne se laissent plus distraire.

Le taux à 30 ans américain dépasse 5,18 % — au plus haut depuis 2007. Le 10 ans flirte avec les 4,70 %. En Europe, le Bund allemand repasse au-dessus des 3,19 %, son pire niveau depuis 16 ans. Nos OAT françaises atteignent 4 %.

Au Japon, le taux à 10 ans atteint 2,80 % — un niveau inédit depuis 29 ans. Le 40 ans japonais, lui, s’établit à 4,45 % : un record historique absolu.

Ce dernier chiffre mérite qu’on s’y arrête. Il n’est plus qu’à 60 points du 30 ans américain. Le carry trade, cette mécanique qui consistait à emprunter en yen à taux quasi nul pour investir aux États-Unis, est en train de mourir. Et si le Japon commence à vendre ses bons du Trésor américains pour défendre le yen, les conséquences seront dévastatrices pour Wall Street.

1 310 milliards de dollars empruntés pour spéculer

Pendant que les taux franchissent des résistances historiques, les niveaux de levier sur les marchés actions atteignent des sommets inédits.

1 310 milliards de dollars ont été empruntés pour spéculer en Bourse, soit 5 % du PIB américain. Ce n’est pas le chiffre le plus inquiétant. C’est sa destination : les deux tiers de cet argent emprunté sont investis dans des produits à effet de levier sur les semi-conducteurs — des ETF triple Sox, des instruments conçus pour amplifier chaque mouvement.

En l’an 2000, au pic de la bulle Internet, on n’avait jamais vu de tels niveaux d’endettement spéculatif.

La France entre en récession (et le CAC s’en fiche)

Le PMI composite français est tombé de 48 à 43,5 en mai. Les services, qui représentent plus de 70 % de la croissance française, s’effondrent à 42,9, leur pire niveau depuis le confinement de l’été 2020.

Pour retrouver ne serait-ce que la neutralité, il faudrait un rebond de 17,5 % de cet indice.

Le budget français avait été construit sur une hypothèse de croissance de 0,9 %. L’année se terminera vraisemblablement entre 0 et -1 %. Le déficit, officiellement prévu à 5,3 %, dépassera probablement 6 %. Le chômage vient de repasser au-dessus de 8 %.

Le CAC 40, ce jour-là, perdait 0,2 %.

La tempête parfaite est en place

Tous les ingrédients sont réunis : taux historiquement élevés, levier spéculatif record, inflation à 5 % et en hausse, PMI en chute libre, croissance mondiale révisée à la baisse, et un détroit d’Ormuz qui restera fermé au moins jusqu’à fin juin dans le meilleur des cas.

Il manque une seule chose pour que tout bascule : que les marchés actions regardent enfin dans la même direction que les marchés obligataires.

Jusqu’ici, les taux montent et Wall Street monte aussi.

Cette impossibilité a un nom. Elle s’appelle la fin d’un cycle.

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